Elle a tué son mari, il la faisait chier. Elle lui a fait bouffer des digitales, lui faisant croire que c'étaient des capucines.
Enchantée, elle s'est mise à coucher avec tous les mecs qui lui paraissaient bien au pieu, elle avait un bon instinct pour ça.
Elle ne tombait jamais amoureuse, pour elle ces hommes étaient des objets tout simplement.
Elle tomba un jour sur un vieux beau qui devait être un bon coup selon son instinct.
Mais il ne voulut pas d'elle. Elle n'avait pas l'habitude, séduire était pour elle un jeu facile tellement elle était belle. D'ailleurs elle s'appelait Kristalle.
Kristalle était rusée, mais bête. Donc elle ne pouvait pas séduire le vieux beau par son intellect, son esprit.
Le vieux beau était veuf, lui aussi, mais il restait inconsolable de la disparition de sa femme.
Kristalle le savait, mais elle le VOULAIT cet homme. Alors elle décida de jouer les mères, elle qui n'avait jamais voulu d'enfant (ça déforme le corps).
- Cyprien, j'ai fait une salade de capucines pour vous, la voici.
Le vieux beau la remercia. Non, ce n'étaient pas des digitales.
Le lendemain, elle lui apporta un cake aux piments, le surlendemain un rôti de dindon.
Mais rien dans les yeux du vieux beau ne laissait transparaître une seule lueur d'admiration ou de désir bestial.
Kristalle commençait à désespérer. Elle teint ses cheveux blonds en noir, perdit 10 kilos, mit des lentilles bleues sur ses yeux.
Puis elle retourna chez le vieux beau avec une macédoine de viande.
- Comme vous avez changé! s'exclama le vieux beau. Sans doute votre deuil? Vous avez maigri, il faut vous soigner au lieu de vous occuper de moi... Que puis-je faire pour vous consoler?
Aïe, erreur fatale! La porte était ouverte aux caprices de Kristalle...
Elle se força à pleurer et dit :
- La seule chose qui me console est de m'occuper de vous...
- Mais pourquoi moi? Il y a les orphelins de la ville, les sans-abri, etc...
- Je ne sais pas, je sens que vous en avez davantage besoin... votre tristesse...
Une larme roula sur la joue du vieux beau.
- Que vous êtes bonne! dit-il.
- Si vous avez envie d'en parler...
- Oh, Natacha était merveilleuse à tous points de vue, vous savez...
- A tous points de vue? demanda perfidement Kristalle.
- Mais elle avait ses petits travers, mais même eux, je les aimais... Comme vous chez votre mari certainement...
Kristalle se retint de rire...
- Mon mari était autoritaire, dit-elle.
- Natacha aussi, mais cela va de pair avec protection, n'est-ce pas?
- Il n'est pas bon d'être surprotégé, on devient dépendant ou on plie l'échine...
Cyprien prit un temps de réflexion, avant de dire :
- C'est vrai, j'en étais dépendant...
- Et vous l'êtes encore, ajouta Kristalle, impitoyable. L'indépendance, c'est comme arrêter de fumer... ou de boire...
Cyprien réfléchit encore. Ces comparaisons n'étaient pas très romantiques. Mais... vraies. Il se mit à pleurer de chagrin et de honte.
Kristalle en profita (bien sûr) pour l'enlacer vigoureusement puisqu'il était un homme soumis. Cyprien se laissa faire comme un bébé.
Kristalle se croyait victorieuse.
Les jours qui suivirent, elle continua à lui apporter des plats : têtes de grenouille, joues de lapin, carottes au miel, patates au saindoux, ...
Mais Cyprien était rarement chez lui; elle laissait alors les plats devant sa porte.
Un beau soir, elle se rendit chez lui pour "discuter", mais elle vit deux ombres à travers la fenêtre. Cyprien était avec une femme.
Kristalle colla son oreille à la serrure. Elle pouvait les entendre très clairement.
- Fais-moi donc à manger, Cécile, disait Cyprien.
- Oui, tout de suite... répondit la femme.
Puis ils dînèrent.
Cyprien parlait à la jeune femme comme un père autoritaire : "Couvre-toi donc, les nuits sont fraîches par ici..."
A la fin du repas, la jeune femme débarrassa la table, fit la vaisselle et mit tout en ordre.
- Allez, viens, on monte, je te veux!
Le lendemain, Kristalle apporta à Cyprien un pot de confiture de digitales.