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Dis, tu veux bien ajouter
Toi, le lecteur de passage
Une petite pensée
Pour l'un de mes babillages?

Laisse-moi donc ton adresse
Et moi j'en ferai de même
Car tout, tu vois, m'intéresse
Je te l'demande en poème

Dis, tu veux bien ajouter,
Toi, le visiteur de ces pages
Un commentaire pensé
Même s'il n'est pas toujours sage?
# Posté le mercredi 10 mai 2006 16:39

Encore la nuit...

Encore la nuit...
Elle arpentait les trottoirs, comme ses collègues; lorsqu'un homme la regardait, elle entr'ouvrait les lèvres et laissait passer un petit bout de sa langue.
Elle était vêtue de vinyl, et avait l'habitude de marcher sur ses talons aiguilles en se déhanchant. Elle était fort belle, malgré sa consommation de drogues dures.
- combien? fait un homme en la regardant de la tête aux pieds.
- 100 euros la passe, 800 pour une nuit.
- OK, dit l'homme. Une passe.
Il paie l'hôtel.
Elle se déshabille et s'étend sur le lit.
- Rhabille-toi, dit l'homme.
- Quoi, tu ne veux pas?
- ... de sexe? Non.
- Que veux-tu alors?
- Te regarder et te parler. Rhabille-toi, répète-t-il.
La jeune femme s'exécute. Ce n'est pas la première fois qu'un client vient à elle pour se confier, sans plus.
La nuit est noire.
- Tu es belle, dit l'homme. Ma femme aussi. Elle m'a quitté ce matin, sans me prévenir, sans me dire pourquoi. Tu peux me dire pourquoi?
- Ben chais pas, moi... Tu es ruiné?
- Non, je suis riche.
La jeune femme cache sa convoitise.
- Tu l'as trompée?
- Non, j'ai toujours été fidèle.
- Tu l'as délaissée?
- Non plus. Je me suis toujours occupé d'elle.
- La nuit aussi?
- Oui, nous avions des rapports sexuels.
- Elle sortait souvent?
- Non, elle s'occupait des enfants et ne voyait pratiquement aucun autre homme, à part mes amis.
- Ah? Tes amis?
- Mais ils sont de toute confiance!
- Tu crois cela? Moi pas

***

- Pour une nuit, c'est 800, n'est-ce pas?
- Ah, c'est ... c'est toi! balbutie la jeune femme, reconnaissant vaguement son client de la veille.
Cette fois-ci, elle titube sur ses talons-aiguille. Trop d'héro.
L'homme l'aide à marcher jusqu'à l'hôtel.
Elle s'écroule sur le lit.
- Alors... que... que veux-tu de moi?
- Tu avais raison, dit l'homme. Elle est partie avec mon meilleur pote.
- Et les ... mômes?
Elle leur a téléphoné... Le petit était en larmes quand elle lui a dit qu'elle quittait papa...
- Ton... ton meilleur ami, hein, bafouille la jeune femme.
- J'ai été trahi, et toi tu te défonces, on est deux paumés de la vie... Viens habiter chez moi s'il te plaît... J'ai besoin de toi...
- Mmmmais je sssuis une pppute!
Chez moi, tu n'auras pas besoin de faire la pute. Tu aimes les enfants?
- Non... Y m'énervent...
- Tu ne veux pas essayer?
- Non, chuis bien, mmmoi, cccomme ça...
Elle tomba endormie.
Le lendemain matin, l'homme commanda un solide petit déjeûner.
La jeune femme prit sa gélule et mangea d'un bel appétit.
- Alors? Demanda l'homme.
- Alors quoi? Non, je ne viens pas chez toi.

***

Le lendemain, la jeune femme arpente son trottoir. L'une de ses collègues l'apostrophe et lui dit :
- Mate ce mec-là, il es super bien, va lui faire du gringue. Je te jure, je l'ai eu une nuit, il est doux, gentil et respectueux. En plus il paye bien!
La jeune femme s'approche du gars en question.
- Hello baby, c'est 200 la passe et 1000 la nuit. Je te plais?
- Oui, petite salope, c'est ok pour la nuit.
Dans la chambre d'hôtel, l'homme lui arrache ses vêtements avant de la giffler violemment. Puis il lui envoie un coup de poing dans le ventre. La jeune femme tombe à terre. L'homme la viole. Elle saigne. Puis il s'empare d'un chandelier et la frappe dans le dos, sur les fesses. Il la viole à nouveau, puis se rhabille et s'en va sans payer.

***

Le lendemain soir, la jeune femme fonce droit sur sa collègue.
- Peau de vache! Espèce de salope!
- Oh, tu as vu ainsi ce qui m'est arrivé...

***

Un peu plus tard, elle sent une main dans ses cheveux. Elle se retourne brusquement, elle n'a plus confiance en personne. Mais c'est l'homme que sa femme a quitté.
Elle lui raconte sa mésaventure.
- Je te le répète, viens chez moi! dit-il.
Déprimée, la jeune femme accepte.
La baby-sitter s'en va. Les enfants n'ont pas voulu aller dormir.
Les enfants sont attirés par les belles personnes. Ils se ruent sur elle : "Comment t'appelles-tu? Tu veux un bonbon? Tu es notre nouvelle maman? Tu vas rester? Tu joues aux dames? etc... etc..."
Face à tant d'effusions, la jeune femme ne se sent pas énervée.
Elle restera là, jusqu'au jour où son protecteur la retrouvera.
Et là... Bonjour...


- Je... Je t'écoute...
# Posté le mercredi 10 mai 2006 16:16

Au petit jour

Au petit jour
Voilà que la nuit s'acve
Je vais rejoindre mes rêves
Le jour porte-t-il conseil
Autant que la nuit vermeille?

Voilà que la nuit s'achève
Et ma plume se relève
De son escapade nocturne
Là je vais rejoindre ma turne...

Voilà que la nuit s'achève
Voilà que le jour se lève
Les oiseaux gueulent déjà
Quand je vais rejoindre mes draps...
# Posté le mercredi 10 mai 2006 01:40

La Source violette

La Source violette


Je décidai cette année-là de passer quelques jours seule en Ardenne. J'avais trouvé une petite auberge reculée, pour satisfaire mon besoin de calme et de nature. De plus, d'après mes renseignements, la région était riche en jolis sites et plusieurs légendes étaient contées par les vieux paysans de l'endroit.
A l'auberge, le soir de mon arrivée, la patronne me dessina la carte d'une belle promenade à faire ; ce circuit devait me conduire jusqu'à un endroit mystérieux où se situerait la source violette.
- L'eau a une couleur particulière ? demandais-je à mon hôtesse.
- Oui, elle a des reflets mauves, me répondit-elle. C'est dû aux herbes bleutées de la source, sur lesquelles s'écoule une eau rouge. Chez nous, les sources sont nombreuses et toutes ferrugineuses.
Le circuit, très accidenté par endroits, faisait une quinzaine de kilomètres. C'était le programme de ma première journée à Warnimont.
Après avoir mis un pique-nique et un imperméable dans mon sac à dos, j'enfilai mes bottes et empruntai le chemin que m'avait indiqué la patronne de l'Auberge du Ruy.
Sur les premiers kilomètres, le chemin serpentait en montant le long de pâturages. Curieuses, les vaches me suivaient de loin jusqu'à ce qu'une clôture les arrêtât. Puis je traversai une forêt d'épicéas assez sombre, d'autant plus que de gros nuages venaient de masquer le soleil.
Puis le chemin se mit à devenir vraiment accidenté tandis que le paysage changeait : la roche commençait à apparaître, d'abord par petits blocs, puis en amas de plus en plus importants. J'arrivai ainsi à une sorte de col, au-delà duquel un bois d'épicéas avait été abattu. D'après mon plan, je devais traverser cette clairière pour arriver à la Source violette.
Le soleil était revenu lorsque je trouvai la source, en bordure d'une nouvelle forêt, de hêtres et de chênes cette fois. On ne m'avait pas menti : l'endroit était très joli et l'eau de la source avait effectivement un aspect violet. Comme il était déjà midi, je décidai d'entamer mon pique-nique.
- Silua !
Cette voix retentit soudain, à quelques pas de moi. Un petit homme étrange se tenait là, un peu bossu bien que jeune encore, rondelet et presque chauve. Il croquait une pomme.
- Bonjour, dis-je.
- Silua ? répondit l'homme, un sourire émerveillé aux lèvres.
- Non, je ne suis pas Silua ... répondis-je.
- Oh, fit-il, et on sentait une grosse déception dans sa voix.
Ne sachant qu'ajouter, je m'assis par terre sur mon imperméable et sortis mon pique-nique du sac à dos.
- Voulez-vous vous éloigner ? demanda l'homme. Silua ne viendra pas si vous y êtes, elle aura peur ...
- Bon, dis-je ... Si ça peut vous faire plaisir ... Et si je suis si effrayante ...
Je remis mes affaires dans le sac à dos.
- Vous pouvez grimper là, me dit l'homme, en m'indiquant un gros rocher qui surplombait la source. Vous aurez du soleil et personne ne peut vous y voir. Même pas moi.
D'humeur maussade, je suivis les instructions du bonhomme. Mais après tout, j'avais vu la Source violette et je la verrais peut-être encore mieux du haut du rocher.
Lorsque j'arrivai au sommet du surplomb, j'avais effectivement une très bonne vue sur la source. L'homme bizarre s'était agenouillé en position de prière au bord de la petite mare et se balançait d'avant en arrière.
« Le fou du village, peut-être ... » me dis-je à son sujet. Je me demandai si sa « Silua » allait venir le rejoindre, comme il semblait l'espérer si ardemment.
Je mangeai mon casse-croûte puis m'étendis un peu. Les nuages avaient provisoirement disparu et je me laissai dorer pendant une heure environ. Je jetais de temps en temps un ½il vers la source : l'homme y était toujours, dans la position étrange qu'il avait adoptée pour attendre son amie. Mais il restait seul.
Puis je jugeai qu'il était temps pour moi de repartir, si je voulais être de retour à l'auberge pour le thé.
Pour ne point perturber mon fou, je redescendis de mon promontoire d'un autre côté, et je regagnai mon chemin dans la forêt.
Je marchai encore quatre heures à travers bois et clairières, m'arrêtant de temps à autre pour manger un fruit ou admirer le paysage accidenté.
Puis je fus de retour à l'Auberge du Ruy vers cinq heures, après avoir retraversé les grasses prairies me reconduisant dans la vallée du Ruy. Je m'attablai à la terrasse, où mon hôtesse m'apporta une tasse de thé. Comme elle n'avait pas beaucoup de travail, elle s'installa à ma table pour causer un peu.
- Alors, cette promenade vous a plu ? Vous avez vu la Source violette ? me demanda-t-elle.
- Oui, cette couleur est surprenante ... Mais ce n'était pas le plus surprenant de la promenade, qui est vraiment très belle ... dis-je.
- Ah ? Autre chose vous a surprise ? La forme des roches un peu plus haut, alors ?
- Non, pas du tout ... Il s'agit d'un monsieur que j'ai rencontré à la source.
Marie-Claire, mon hôtesse éclata de rire :
- Ah ! Vous avez vu Jean-Marie, je parie ! J'aurais dû vous prévenir ...
- Vous voyez de qui je parle ? demandai-je.
- Oui, bien sûr ! Il ne vous a pas parlé de Silua ?
- Si, justement, puis ...
Mais à cet instant, le mari de Marie-Claire l'appela pour l'aider au repas du soir. Elle s'excusa en me promettant de m'en révéler plus dès qu'elle en aurait le temps.
Je profitai des derniers rayons du soleil sur la terrasse, puis montai dans ma chambre pour prendre une douche. Le repas du soir fut délicieux, mais comme j'étais très fatiguée, je remontai pour me reposer.
Très tôt le matin, je fis un rêve étrange, dans lequel un petit homme rond et presque chauve me poursuivait en criant : « Silua ! Silua ! Reviens ! C'est moi, Jean-Marie, le petit-fils de Firmin ! N'aie pas peur ! Reviens Silua ! »
Je m'éveillai en sursaut , avec une envie très nette de retourner à la source violette. Il y avait là un mystère. Qui était cette si farouche Silua ? Le petit homme était-il fou, ou idiot ? L'un ou l'autre, probablement. Mais j'avais envie de lui parler.
Marie-Claire me donna à nouveau un plantureux pique-nique, auquel je lui demandai d'ajouter des pommes.
Puis je repris vers la source la même route que la veille. Mais le temps était beaucoup plus incertain : il y avait au loin de gros nuages noirs et plus près, le soleil était déjà bien voilé. Cela ne m'effrayait guère, j'ai toujours aimé la pluie.
Je cheminai donc dans le petit sentier qui serpentait dans la forêt rocheuse, atteignis le col et la clairière, que je traversai jusqu'à la Source violette. C'est à ce moment que l'orage commença à gronder et les premières grosses gouttes de pluie à tomber. J'étais seule à contempler l'eau « violette ».
Je décidai de m'abriter sous le promontoire rocheux où « Jean-Marie » m'avait demandé de grimper la veille pour ne pas effrayer sa Silua. Une sorte de grotte avait été creusée dans la roche. Quelle ne fut pas ma surprise d'y trouver mon étrange petit bonhomme, tout replié sur lui-même, comme endormi ...
- Euh ... bonjour, dis-je tout doucement.
- Silua ? !
- Non, c'est moi, Rachel, vous me reconnaissez ?
- Oui, vous étiez là hier, je vous reconnais ...
- Voulez-vous une pomme ?
- Oh oui ! répondit l'homme avec enthousiasme. J'attends sans manger depuis ce matin ...
- Je suppose que vous préféreriez que je m'éloigne, dis-je, pour votre amie ... mais il pleut fort ! dis-je.
- Dans ce cas, restez ici, je ne voudrais pas que vous preniez froid. De toutes façons, Silua ne peut pas nous voir, ici. Normalement, je l'attends au bord de la source, me répondit « Jean-Marie ».
- Vous la voyez souvent ? hasardai-je, sans trop y croire.
- Jamais, répondit-il sèchement.
Il y eut du coup un lourd silence entre nous. Je le rompis en mordant dans un sandwich.
- Vous en voulez ? proposai-je à Jean-Marie.
- Certainement pas. Je ne mange que des pommes. Des myrtilles ou des framboises, parfois, mais c'est rare. Je préfère les pommes. Je vous remercie pour celle que vous m'avez offerte.
- Oh, il n'y a pas de quoi ... répondis-je, heureuse que la conversation ait repris entre nous.
- Savez-vous pourquoi la source est violette ? me demanda-t-il à brûle-pourpoint.
- On me l'a expliqué, au village ... Les herbes qui tapissent le fond de la source sont bleutées et ...
- Savez-vous au moins pourquoi elles le sont ? me coupa l'homme.
- Bleutées ? Ce doit être une variété de la région, je suppose ...
- Vous n'y êtes pas du tout, mais alors là pas-du-tout, insista-t-il. Comment vous appelez-vous, déjà ?
- Rachel.
- Alors Rachel, je vais vous raconter l'histoire de la Source violette. Auriez-vous encore une pomme ?
- Certainement, dis-je. Tenez.
- Merci.
Jean-Marie croqua d'abord quelques morceaux de son fruit adoré, comme pour bien se remettre son histoire en mémoire. Puis il commença son récit. La pluie battait toujours autour de notre abri.
- Mon grand-père, Firmin Mahieu était déjà marié à l'époque. Mon père était encore tout petit et ne s'est pas rendu compte de ce qui s'était passé. Pourtant, les conséquences de ce qu'a vécu mon grand-père déterminent ma propre vie aujourd'hui.
« A l'époque, les plantations d'épicéas n'existaient pas encore. La nature était telle quelle, sauvage et touffue. Personne ne s'aventurait ou presque dans les grands bois sombres qui jouxtaient cette source. Mon grand-père était fermier. Il possédait aussi des chevaux pour son simple plaisir.
« Un jour, un de ses chevaux, le plus fougueux, disparut. Il avait réussi à fausser compagnie à ma grand-mère alors qu'elle le ramenait à son box. Mon grand-père est immédiatement parti à la recherche de son cheval.
« Il peina plusieurs heures à travers bois, se blessant et s'écorchant aux ronces et aux pousses basses des taillis.
« Finalement, il gagna la source et quelle ne fut pas sa surprise, lui qui n'espérait plus, d'y trouver, haletant et couvert de sueur, son cheval. Mais la bête n'était pas seule. Un être des bois lui tenait la bride. Oui, un être des bois, vous avez bien entendu, Rachel.
« C'était une nymphe, petite et fragile, mais merveilleusement belle. Elle attendait doucement que le cheval se calme. Lorsqu'elle vit mon grand-père, étrangement, elle ne prit pas la fuite. Sans mot dire, elle lui remit en mains la bride du cheval puis s'en retourna, légère, dans les taillis, adressant à mon grand-père un sourire qu'il n'a jamais oublié.
« Il était trop tard. Firmin Mahieu était tombé sous le charme de l'être des bois. A dater de ce jour, il n'eut de cesse de la retrouver. Elle l'avait rendu fou.
« Et il parvint à la retrouver. Elle l'avait choisi et ne se cacha pas pour lui. Il la vit à la source, celle-ci même, et ils tombèrent fous amoureux l'un de l'autre. Mon grand-père était bel homme et sa force et sa bonté étaient notoires dans plusieurs villages à la ronde. La belle nymphe consentit cette fois à lui parler, il apprit son nom : Fulmina.
« De retour à la ferme, mon grand-père tut bien sûr toute cette histoire à ma grand-mère, qui ne l'aurait de toutes façons pas cru. Elle considérait toutes les légendes comme des mensonges, ce qui était rare pour une femme de son époque et de sa condition. De plus, jamais mon grand-père n'aurait supporté de la voir pleurer, parce qu'il l'aimait profondément. Mais le démon de la passion s'était emparé de lui. Fulmina lui avait retourné les sens.
« Le temps passa. Mon grand-père et Fulmina avaient pris pour habitude de se retrouver à la source et de s'y aimer. Mais le travail de la ferme commença à s'en ressentir et la charge en devenait trop lourde pour ma grand-mère, qui de plus s'inquiétait de voir son mari toujours parti « à gauche ou à droite ». Elle craignit même pour la santé de son Firmin, qui maigrissait à vue d'½il.
« Un beau jour, mon grand-père ne supporta plus cette situation. Il expliqua à Fulmina qu'ils ne devaient plus se voir, parce qu'il en deviendrait malade et sa femme aussi.
« Fulmina prit très mal la rupture. Elle était sincèrement éprise de cet homme, bien qu'il ne soit pas de son monde sylvestre, et le supplia, le supplia infiniment de ne point l'abandonner. Mais mon grand-père resta inflexible. Malgré la passion qui le dévorait pour cet être merveilleux, il lui dit adieu. Elle lui répondit :
- Adieu, alors, mon aimé. Tu es fort. Mes compagnes viendront aimer ta descendance pour que ta famille soit marquée de moi. Fauvine viendra pour ton fils et Silua pour ton petit-fils.
« Mais le lendemain, déchiré, mon grand-père regrettait sa décision. Il aimait encore Fulmina comme au premier jour ; de plus, il ne voulait pas que sa descendance eût à souffrir de rencontres avec le surnaturel. Il reprit la route de la source. Arrivé là, il poussa un cri d'horreur : la petite silhouette de Fulmina flottait, exsangue, inanimée, dans l'eau de la source, alors qu'un liquide bleu s'échappait de son corps de part en part. Le « sang » de Fulmina imprégna tant la source que même les plantes aquatiques se teintèrent de bleu. »
Jean-Marie s'interrompit pour me demander s'il me restait encore une pomme. Je lui donnai la dernière. Il croqua goulûment dans le fruit et mâchonna pensivement jusqu'à ce qu'il l'ait terminé.
- L'eau rouge et le sang bleu ... Voilà l'histoire de la source, me dit-il enfin.
- Mais ... et votre père, lui est-il arrivé quelque chose de semblable ? demandai-je.
- Certainement pas ! Dès que la chose fut possible, mon grand-père l'envoya en pension, à la ville, jusqu'à la fin de sa scolarité. Comme papa était un élève brillant, il s'inscrivit en faculté de médecine à Bruxelles, où il exerce encore en tant que médecin. Mais moi, Jean-Marie, je ne souhaite pas échapper au v½u de Fulmina. J'ai quitté mes parents vers dix-huit ans pour revenir à la campagne et vivre ce que je dois y vivre.
- Silua ... dis-je doucement.
- Oui, Silua. Je l'attends tous les jours, qu'il pleuve, qu'il gèle ou qu'il neige. Je suis handicapé, j'ai une tumeur au cerveau. Je n'ai donc rien d'autre à faire que cela, attendre Silua.
- Bien. Je vois qu'il est déjà tard, je vais reprendre ma route ... dis-je à Jean-Marie.
Il me remercia pour les pommes et nous prîmes congé l'un de l'autre. Perplexe, je repris mon chemin jusqu'à l'Auberge du Ruy sous une pluie battante.
Je fus accueillie par Marie-Claire, qui me prépara du thé pour me réchauffer. Elle m'installa dans un petit salon rustique de cette belle maison à colombages et vint s'asseoir « juste cinq minutes » près de moi.
- Je suis retournée à la Source violette, lui expliquai-je.
- ... et vous y avez retrouvé Jean-Marie ? me demanda mon hôtesse.
- Comment le savez-vous ? demandai-je.
- Parce qu'il y va tous les jours ... Il est un peu ...
L'index de Marie-Claire décrivit de petits cercles autour de sa tempe.
- Il attend quelqu'un, dis-je.
- Il croit à cette vieille légende au sujet de son grand-père, dit Marie-Claire.
- Il m'en a raconté l'histoire ...
- Je pense que Firmin Mahieu a bel et bien vécu une aventure qui s'est mal terminée, mais il n'en a parlé que sur son lit de mort. Et lorsqu'il l'a avouée, il l'a présentée comme une légende où serait intervenue une nymphe des bois, comme Jean-Marie vous l'a sans doute conté. Mais, du temps présumé de sa relation, les villageois ont constaté à quel point il était préoccupé, amaigri. Ses courses à travers bois, ses absences à la ferme n'ont duré qu'un été, mais après cette période, il avait perdu toute sa bonne humeur. Définitivement. Mon père à moi l'a bien connu ; cette histoire a mis fin à leur amitié parce que Firmin n'a plus voulu voir personne, excepté sa famille. Et encore, il a envoyé son fils unique en pension pendant toute sa scolarité, si bien qu'il s'est retrouvé seul avec sa femme, la grand-mère de notre Jean-Marie.
- Pensez-vous que Jean-Marie, qui habitait Bruxelles avec ses parents, soit revenu dans la région à cause de cette légende? demandai-je, intriguée.
- Sûrement, il y croit, à « sa » nymphe ... Malheureusement, il est gravement malade. Une tumeur au cerveau. Il a probablement aussi besoin de calme et de repos. Il habite une petite maison tout en haut du village, me dit Marie-Claire.
- Ce doit être un solitaire, dis-je.
- Oui. Il vit au milieu de ses livres et ne voit pratiquement personne. Il ne faut pas le prendre pour un idiot, mais je pense vraiment qu'il ne vit pas complètement dans la réalité ... et c'est le moins qu'on puisse dire. Je l'aime bien, ce garçon, je lui apporte souvent des plats. Tenez, j'ai justement préparé un pâté ardennais supplémentaire à son intention. Voulez-vous aller le lui porter ? me proposa mon hôtesse.
- Pourquoi pas ? répondis-je.
Chargée de la terrine, je montai le petit chemin escarpé et boueux qui menait à la maison de Jean-Marie. C'était aussi un bâtiment à colombages, mais beaucoup plus petit et plus ancien que l'Auberge du Ruy. Jean-Marie ne devait pas être un as du jardinage ; il avait laissé ronces et framboisiers envahir son allée et le petit jardin qui entourait sa maison était un champ de mauvaises herbes où poussaient, çà et là, épilobes et digitales.
Je frappai à la porte. Je dus attendre cinq bonnes minutes avant d'entendre un pas lent descendre un escalier grinçant.
Jean-Marie ne sembla pas étonné de me voir au seuil de sa porte.
- Je vous apporte cette terrine de la part de Marie-Claire, l'aubergiste ...
- Ah ! Quelle charmante attention ! s'exclama Jean-Marie. J'espère qu'elle n'a pas oublié d'y ajouter des pommes, une nouvelle recette que je lui ai suggérée ... Mais entrez donc, il pleut !
J'acceptai sans me faire prier, parce que cet étrange petit mangeur de pommes ne laissait pas de m'intriguer.
Contrairement aux alentours de la maison, l'intérieur de celle-ci était très soigné. Le parquet venait d'être ciré et un léger parfum d'encaustique flottait encore dans le petit salon. Le mobilier était très austère, Jean-Marie semblait un peu vivre « à l'ancienne ».
Il m'invita à m'asseoir dans un vieux fauteuil de cuir brun, s'installa dans le frère jumeau de ce siège vétuste, puis me demanda à brûle-pourpoint :
- Rachel, c'est votre seul prénom ?
- Euh ... non, répondis-je. Je porte aussi le prénom de ma grand-mère, Sylvie.
A ce mot, Jean-Marie fit un petit bond comique. Mais il n'ajouta rien.
- Pourquoi cette question ? demandai-je, amusée.
Mais il me répondit par une autre question :
- Que cherchez-vous dans la région ? Le calme, le repos, allez-vous sans doute répondre ...
- Exactement. Je trouve Bruxelles infernale par moments. Sa puanteur, ses embouteillages, les conducteurs agressifs ... répondis-je. Je n'en pouvais plus de me sentir devenir enragée moi-même.
- C'est normal, dit Jean-Marie, comme pour lui.
Puis il ajouta, à voix haute cette fois :
- Voulez-vous un verre de sirop d'orgeat ?
- Euh ... pourquoi pas ?
- Fulmina, vous vous souvenez ? La nymphe aimée de mon grand-père. Elle a-do-rait le sirop d'orgeat.
- Ah bon ... dis-je, sans vraiment voir le rapport avec moi. Ainsi, vous ne croyez pas qu'il s'agisse d'une légende ? risquai-je.
- Un légende ? ! Ce que mon grand-père a avoué sur son lit de mort ? ! Jamais de la vie , Sylvie.
- Rachel, précisai-je.
- Je vais vous chercher votre sirop d'orgeat.
J'avalai ce breuvage insipide et doucereux pour faire plaisir à Jean-Marie. Personnellement, j'aurais préféré une petite liqueur de l'endroit, mais cela ne semblait pas être le genre de la maison ...
Puis j'invoquai l'heure du dîner à l'auberge pour pouvoir prendre congé de mon hôte étrange. Les derniers regards qu'il m'avait adressés m'avaient rendue mal à l'aise.
Le repas du soir fut assez lourd. C'était de la vraie bonne cuisine campagnarde, bien agrémentée de beurre et d'ail. Je montai dans ma chambre dès que j'eus terminé de manger.
Je m'étendis sur mon grand lit confortable, fermai les yeux et sombrai dans un sommeil profond.
Je me sentis très légère, tout d'un coup. Si légère que lorsque je marchais, je pouvais faire des bonds qui me faisaient presque voler, puis je retombais doucement sans que mes jambes ne subissent le moindre choc.
Je montais ainsi un petit chemin escarpé que je connaissais bien, de bond en bond. Ce petit chemin traversait une forêt d'épicéas avant de gagner un col, d'où naissait une vaste clairière. Je savais que je devais me rendre au bout de cette clairière, presque sous un rocher d'une forme étrange.
J'arrivai à une source dont l'eau était violette.
Un petit homme rond et presque chauve était là. Il m'attendait en mangeant une pomme.
« Silua, enfin toi ! » dit le petit homme, tout confus.
Je m'entendis répondre : « Oui, tu m'attendais, n'est-ce pas ? »
Le petit homme rond et chauve prit ma main dans la sienne et me dit : « Nous allons tous deux plonger dans la Source violette, et passer de « l'autre côté »
Au moment où nous allions nous immerger, je m'éraflai le bras à une méchante ronce. Mon sang se mit à couler abondamment. Il était bleu.
Le chat de Marie-Claire poussa un cri rauque lorsque je le repoussai. Il venait de me griffer parce que j'avais saisi sa patte. Ce n'était pas la première fois que l'animal me rendait une visite nocturne et je le remerciai presque de m'avoir tirée d'un rêve si troublant.
Pendant la matinée qui suivit, Bruxelles me manqua. La campagne et ses mystères commençaient à m'effrayer, du moins la façon dont ces derniers agissaient sur mon mental, si bien que je décidai d'abréger mon séjour. J'expliquai à Marie-Claire que j'avais encore différentes affaires à régler chez moi et que je prendrais le premier train de l'après-midi pour regagner Bruxelles.
Le mari de mon hôtesse eut la gentillesse de me conduire jusqu'à la gare la plus proche ; de là, je dus prendre deux correspondances encore pour regagner ma ville.
Pendant tout le trajet, des phrases sans queue ni tête me battirent les tempes, rythmées, répétitives : « L'eau rouge ... le sang bleu ... l'eau rouge ... le sang bleu ... Silua ... Sylvie ... Silua ... »
Je retrouvai au plus vite mon petit appartement. Mon esprit était si embrouillé depuis deux jours ... Je décidai d'appeler au secours ma cousine. Elle connaissait bien la campagne et ses sortilèges et me prodiguerait certainement de bons conseils. Elle me proposa tout de suite de nous voir et m'invita chez elle. Je lui racontai tout ce qui m'était arrivé depuis le début de mon séjour à Warnimont.
- As-tu toujours ces phrases obsédantes en tête ? me demanda-t-elle, inquiète.
- Oui, par moments, répondis-je, mais je lutte pour garder mes idées claires, et je te jure que ce n'est pas facile !
- Tu sais ce que je pense ? me dit-elle, hésitante.
- Absolument pas, dis-moi ? répondis-je.
- Eh bien, il me semble que tu as été envoûtée. Tu me disais qu'on t'avait fait boire quelque chose ? questionna ma cousine.
- Oh, un simple sirop d'orgeat ...
- Peut-être pas si simple que cela, ce breuvage ... réfléchit-elle à voix haute. Ecoute, par acquit de conscience, je vais te préparer un antidote. Rien de bien méchant ... une décoction à base de plantes ... Après cela, tu passeras peut-être encore une nuit agitée, mais ce sera la dernière.
- Tu penses sérieusement à un envoûtement ?
- Oui. Ce petit homme désirait tant vivre la même histoire que son grand-père ... puis tu t'es présentée à lui, à l'endroit même où il attendait Silua. Il a voulu que tu sois Silua, tu comprends ?
- Mais il est fou ! Je ne l'ai été qu'en rêve ...

Mais peut-être qu'un rêve eût suffi à son bonheur ...
Adieu, Jean-Marie. Je préfère ma réalité.
La Source violette
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# Posté le mercredi 10 mai 2006 00:34

Nuit blanche

Nuit blanche
Au coeur de ma nuit blanche
Je vois toutes les couleurs
De cette logique franche
Du pc sans odeur

Je surfe sur les vagues
Des sites, des rencontres
Et là il faut qu't'élagues
Sans regarder ta montre

Il est cinq heures du mat'
Et j'écris, c'est ma dope
J'écris ce que je mate
En belle petite salope

C'est le petit matin
Et la fatigue se pointe
Une nuit, ce n'est rien
Qu'une longue complainte

Ou qu'un moment de joie
Au fond je ne sais pas
La nuit je ne sais plus
Qui je suis, qui je fus
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# Posté le mardi 09 mai 2006 23:24